Musique des XVe et XVIesiècles   
Travaux d'étudiants et ressources

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Thème : Transcrire et éditer la musique du XVe au XVIIe siècles


Travaux de Gaëlle Durand

Introduction éditoriale

Dans le cadre du séminaire de 3ème année de licence en musicologie intitulé "Édition musicale des XVIe et XVIIe siècles", dirigé par Alice Tacaille, maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne spécialisée en musiques anciennes, nous nous proposons de fournir la transcription (réalisée via le logiciel "Finale") d’une partition de la chanson "Corydon verse sans fin"(texte de Pierre de Ronsard, musique de Philippe de Monte, XVIe siècle) agrémentée de son apparat critique, en vue d’une publication sur internet (page au format html).

La musique du XVIe siècle, telle qu’on la trouve dans les imprimés d’époque, nécessite qu'on en adapte plusieurs paramètres, si l’on veut en faciliter la lecture moderne, tout en conservant sa trame historique.Nous allons donc tenter de replacer l’œuvre dans son contexte et exposer nos choix éditoriaux.

  • La musique

Nous faisons figurer le nom du compositeur, ainsi que celui de l'auteur, bien que cela n'apparaisse pas dans le manuscrit, afin que la partition soit tout de suite identifiable sur internet.

Le choix de 3 clefs de sol, au lieu des clefs d'ut sur le manuscrit s'explique par le fait que ces clefs sont davantage connues du public. L'incipit, présentant l'ambitus des voix, permet aux chanteurs modernes d'identifier plus facilement la portée qui correspond à leur tessiture.

Bien que la notation à en-tête carrée, qui est parfois le choix de certains éditeurs, comme Peter Woetmann Christoffersen, offre un visuel s'approchant du manuscrit, nous avons choisi de ne pas l'utiliser ici, à la faveur d'une lecture fonctionnelle et moderne.

Nous utilisons la notation mesurée moderne, qui fait figurer les barres de mesures (tandis que P. W. Christoffersen les indique sous forme de marques), afin de faciliter la lecture moderne et courante. L'imprimé ne fait figurer que les barres de mesures finales). Nous considérons que la notation C barré sur l'imprimé équivaut au 4/4 et que le C barré suivi du chiffre 3 équivaut au 3/2. La minime, dans notre système métrique, aura la valeur d'une noire. Le tactus est à la brève, puisqu'il s'agit d'un C barré.

  • Le texte

Il s'agit d'un poème composé de 4 strophes de 6 heptasyllabes, disposés selon un schéma de rimes suivies (aabbcc). Le découpage de ce texte sur les notes se fait de façon syllabique. Antoine Fouquelin remarque à juste titre dans sa Rhétorique françoise de 1555 (un an après la publication du recueil Boccage de Ronsard), que ce poème est un exemple d'une figure de style : l'épanalepse. La strophe répétée à l'encadrement du poème, l'est également dans la musique, en tant que refrain.

En ce qui concerne la graphie du texte, nous optons pour une standardisation relative. Nous modifions les i en j et distinguons les f des s. Nous conservons cependant l'orthogrape d'époque, car elle fait l'objet d'une attention toute particulière chez Ronsard et les poètes de la Pléiade. De nombreux traités et grammaires attestent de cette volonté d'unifier la prononciation et l'orthographe de la langue française en ce temps-là.

La police de caractère choisie pour le texte tente d'évoquer l'ancienneté de l'oeuvre (Bookman old style) Le nombre de voix étant assez important, nous disposons sur une même page deux systèmes de 7 portées, afin que le texte reste lisible et le tout suffisamment espacé.

Introduction à la pièce

Le livre des Sonetz de Pierre de Ronsard mis en musique par Philippe de Monte comprend les dix-huit morceaux suivants : « Quand ma maistresse », « Le premier jour », « Tout me deplaist », « Le doux sommeil », « Que dittes vous », « Que me servent mes vers », « Vous ne le voulez pas », « Dictes, Maistresse », « Hé ! Dieu du ciel ! », « Las ! sans espoir », « Si trop souvent », « Quand de ta lèvre à demy close », « Bonjour mon cœur », « Demandes-tu, chère Marie », « Veu que tu es », « Blus tu cognois », ainsi que deux odes anacréontiques : « Pour boire dessus l’herbe tendre » et « Corydon verse sans fin ».

Le texte original de Ronsard, L’"Odelette à Corydon", se trouve dans le recueil Boccage, publié en 1554. Il s’agit d’un poème anacréontique : une poésie latine légère, véhiculée dans une société festive, sur le thème amoureux et bachique. Les poèmes anacréontiques ont la particularité d’utiliser le dimètre imabique et le dimètre ionique.

Chassé de sa ville natale, Téos, en Ionie (Asie Mineure), par les invasions perses, Anacréon se réfugie à Samos, à la cour du tyran Polycrate, puis il est accueilli par Hipparque, tyran d'Athènes, qui l'aurait envoyé chercher par une galère à cinquante rameurs. Toutefois, il serait revenu mourir, fort âgé, dans sa patrie. Les poètes alexandrins connaissaient de lui cinq livres de poésies, comprenant des élégies, des iambes et surtout des odes légères dont il a fixé le type. Il ne reste aujourd'hui de cette œuvre que des fragments, ainsi que dix-neuf épigrammes. Essentiellement poète de cour, Anacréon chante d'abord l'amour et la joie de vivre. Il est gracieux, moqueur et parfois aussi, avec un accent plus personnel, mélancolique du regret de vieillir. Les soixante petits poèmes dits anacréontiques sont des imitations de l'époque alexandrine. Les poètes latins Catulle et Horace ont également pris Anacréon pour modèle de l'ode légère (par opposition à l'ode pindarique). Ronsard et les poètes français de la Renaissance, après l'édition des Anacréontiques par Henri II Estienne, en 1554, se sont, à leur tour, inspirés d'Anacréon (L'Amour piqué, L'Amour mouillé...), mais sans connaître l'original. A trente ans Ronsard écrit l'ode A Corydon : "J'ay l'esprit tout ennuyé...", qui procède de cette inspiration hybride d'Horace, dont l'Ode à Dellius, et de H. Estienne.

Selon Marcel Raymond, Corydon, l'échanson évoqué dans les odes ancréontiques de Ronsard, représenterait son serviteur, qu'il affectionnait beaucoup. En témoignerait ce poème : "A Corydon serviteur de Pierre de Ronsard".

Cette pièce a fait l’objet d’une autre mise en musique, composée par Durand, imprimée par Fezandat en 1556.

Sources

Recueil de poèmes de Ronsard, Boccage : numérisé sur Gallica

Biographies des auteurs : New Grove, Wikipedia

Base de données (imprimés) : Ricercar

Ronsard, poète lyrique : étude historique et littéraire, Paul Laumonier, pp 607 et suiv

Corydon, de Philippe de Monte sur un poème de Ronsard, transcription Gaëlle Durand